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christian aubin

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L'ombre hait la lumière - cinéma et fantastique

Croire et faire croire en l'imaginaire
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April, 2006

Halo, nouvel article...

Comme toujours, dorénavant :
 
 
 
 
April, 2006

Un nouvel article...

Le roman DUNE ! de Franck Herbert.
 
Pour en savoir plus :
 
April, 2006

Un nouveau blog...

Hello à tous...
 
Juste pour prévenir qu'en raison de la lourdeur de l'administration des blogs msn, j'ai ouvert un second blog, contenant sensiblement les même articles que sur celui-ci (à la grosse différence près que l'on peut y inserrer les photos comme bon le semble et qu'il n'y a pas besoin de s'y inscrire pour poster...).
 
Je continuerai néanmoins d'alimenter ce blog-ci, en parallèle (pas forcément avec les mêmes choses).
 
 
L'adresse est la suivante :
 
 
April, 2006

Pistoleros

Au fait, rien à voir, mais si vous êtes fans de courts-métrage, j'ai quelques potes trrrrrrrrrrrrrrrèèèèèèèèèèèèès biens - dont j'ai déjà fait la pub à l'ouverture de mon blog, à savoir "PISTOLEROS".
 
 
L'un de leurs courts-métrages - "Le royaume des cendres" (Auteur/Réalisateur : Mickael MASSIAS, assistant Réalisateur : Erwan LE GAC) - est d'ailleurs apparu dans les pages du magazine Mad Movies, justement (Numéro de Septembre 2005). Certains des courts produits chez eux ne sont visibles qu'en extraits - en bandes annonces, devrais-je dire. D'autres (enfin... au moins un autre) sont téléchargeables. Il s'agit de "Carte 51" (Auteur/Réalisateur : Mickael MASSIAS. Assistant Real : Romain FROGER) (pour ce qui est du titre, rien à voir avec le Pastis... quoique... arf... enfin, vous verrez, il est sympa). Mention spéciale à "La petite graine" (Réalisateur : Guillaume PIN. Scenariste : Mickael MASSIAS. Assistant Réalisateur : Erwan LE GAC) et au Royaume des cendres, que pour des raisons diverses je connais mieux dans leur filmo.
 
 
 
Jettez-y un oeil... Ils sont vraiment talentueux.
 
 
Je laisse le lien (cliquez dessus, bien sûr) :
 
 
 
 
 
 
Je vous invite fortement à commenter... Ca ne tombera pas dans l'oreille d'un sourd, comme on dit... (en plus, si l'un d'eux est à peu près libre - y a pas mal de projets en courts, pardon - il pourra peut-être répondre à vos questions ou commentaires... qui sait?... si vous êtes sages...)
 
March, 2006

quelques oeuvres d'une amie de là-bas...

Puisque la période faste du blog est à l'art, j'en profite pour présenter quelques-unes des oeuvres peints par une amie anglaise (enfin, francaise qui vit en Angleterre, bref...), à savoir Kat. J'apprécie particulièrement ce qu'elle réussit à faire avec les couleurs.
 
Voilà : (ci-joint).
 
C'est sympa, n'est ce pas?
 
N'h'ésitez pas à la soutenir, elle lira vos commentaires avec intérêt!
 
March, 2006

Piège de Cristal (Die Hard 1)

Eh hop, un nouvel article...

 

-Piège de Cristal (Die Hard)-

 

 

Production : Réalisateur : John MacTiernan. Scénario : Steven E. de Souza, Jeb Stuart. Basé sur le roman de : Roderick Thorp. Directeur photo : Jan de Bont. Musique : Michael Kamen. Sortie : 1988

Interprète : Bruce Willis (John McCLane) , Alan Rickman  (Hans Gruber),  Alexander Godunov (Karl), Bonnie Bedelia (Holly Gennero McClane), Reginald Veljohnson (Le Sergent Al Powell), Paul Gleason (Dwayne T. Robinson), De'voreaux White (Argyle), William Atherton (Richard Thornburg), Hart Bochner (Ellis), James Shigeta (Takagi), Robert Davi (Big Johnson), Grand L. Bush (Little Johnson), Clarence Gilyard Jr. (Theo), Bruno Doyon (Franco), Andreas Wisniewski (Tony), Anthony Peck (Le jeune policier), Betty Carvalho (Paulina), Tracy Reiner (L'assistante de Thornburg), Robert Lesser (l’homme d'affaire).

 

 

L’histoire : Noël 1987. John MacLane, flic de LA, rend visite à sa femme à la tour Nakatomi Plazza, à New-York. Miné par leurs problèmes de couple, ils sont en passe de divorcer. Tandis que John s’isole, un groupuscule terroriste, mené par Hans Gruber (Alan Rickman, dans sa période « grand-méchant ») pénètre dans l’immeuble, bloque les issus et les communications avec l’extérieur et très vite prend tous ses occupants en otage. Le policier, seul, enfermé dans le bâtiment, entame alors une guérilla dans l’immeuble à un contre tous, pour survivre et sauver les otages parmi lesquels compte sa propre femme.

 

 

Question pour un vieux champion du monde... Qui connait « Nothing Last Forever » (« Rien n’est éternel ») ? Quelqu’un ? Personne ?

 

   Ok... les présentations d’abord... Roderick Thorp est né le premier septembre 1936. Il est mort le 28 avril 1999 (Rip, merci...). Il a écrit le roman « Nothing Last Forever » dans les années 74/75. Ce livre n’était autre que la suite d’un autre ouvrage paru en 1968, intitulé "The détective" (adapté au cinéma par Gordon Douglas en 1968 - avec Ô surprise, Franck Sinatra dans le rôle principal, celui du détective Joe Leland qui n'est autre que le personnage original de John MacLane dans "Die Hard"... De là pourrait-on voir l'origine du faux air de Sinatra dans le jeu de Willis? Le choix d'avoir mis une chanson de "Noël" interprété par Sinatra à la fin du film serait-il un hommage discret au "premier" film ?). D’après les dires de l’auteur lui-même, Thorp s’est inspiré d’un rêve qu’il avait fait après avoir vu « La Tour infernale » (John Guillermin - 1974) pour créer une histoire à mi-chemin entre le genre « catastrophe » et « action ». Dans le roman (un peu plus psychologique que le film), déjà, le personnage se retrouvait à devoir sauter dans le vide, au bout d'une lance d’incendie pour échapper à ses poursuivants, en l'occurence une bande de terroristes (tous) allemands.

 

 

   En 1987, la 20th Century Fox – qui dominait alors le marché du cinéma d’action – décida d’adapter le livre à l’écran. 

   Initialement, l’adaptation fut confiée à Jeb Stuart (Le fugitif) pour le scénario et à Carl Schenkel (plus tard auteur de l'inénarrable "Tarzan et la cité perdue"... on y a échapé belle...) pour la réalisation. Ce dernier avait déjà réalisé « Out of Order » (1985), avec Götz George (le futur « Schimanski » de la téloche). Out of Order narrait l’histoire d’un type coincé dans un ascenseur... De base un réalisateur qui paraissait donc idéal pour parler d’un autre mec coincé dans un immeuble. Toutefois, l’approche de Schenkel déplut à la production et se tourna finalement vers un autre metteur en scène, encore peu connu, mais déjà tout auréolé du succès de son précédent film, « Predator » (1987 – avec Gouvernator - cliquez le lien pour vos dons, merci...  Ahahah! Impayable, Arni!).

 

 

Le Tournage.

 

   L’heureux élu s’appelait donc John MacTiernan... Et le film qu’il allait réaliser allait le consacrer comme étant l’un des grands maîtres du cinéma d’action – au point que le premier Die Hard allait être copié, recopié, et photocopié partout dans le monde pendant les dix années suivantes (même encore maintenant...). Si l’on devait reconnaître les bons films à leur quantité de copies trouvables dans les vidéoclubs, alors Piège de Cristal, comme « Mad Max II » (1981) en son temps, en font indiscutablement partie.

 

La production fixa le budget à quinze millions de dollars, cinq semaines seulement avant le début du tournage. Le scénario fut remanié sur la demande du réalisateur. Plus d’humour, changement de nationalités pour les terroristes, personnages plus développés, plus stylisés, durée de l’histoire ramenée à une seule nuit... Steven De Souza (48 heures, Commando, avec Arnold schwartzenexecuter...) opta pour le parti pris de faire de son personnage non pas un superman mais un « homme ordinaire dans une situation extraordinaire ».

 

   Ce point allait faire la différence avec les productions courantes puisque l’époque était aux règnes des Conan, des James Bond, Superman et autre Rambo. Ramenant ainsi l’approche préférée d’Hitchcock pour ses personnages à un film d’action pur et dur, il trouva son inspiration dans un autre métrage moins connu du grand public : « Les chiens de pailles » (Sam Peckinpah – fable malsaine et hyperviolente avec un Dustin Hoffman assiégé avec sa femme dans une ferme anglaise par les bouseux locaux).

 

 

   Bruce Willis (qui a débuté dans un rôle de bad guy dans "Miami Vice", alias "Deux flics à Miami" dans nos vertes contrées), alors fort d’avoir jouer dans une comédie de Blake Edwards ("Boire et Déboire" - 1988), et acteur principal de « Clair de Lune » (avec Cybill Sheperd), fut choisi pour tenir le rôle principal. Le choix fut assez audacieux si l’on considère, là-encore, ce qui se faisait à l’époque. L’idée était de prendre un acteur qui – même en bonne forme physique – soit suffisamment humain pour provoquer une identification immédiate (et Bruce avait encore des cheveux à l’époque).

 

   Avec le producteur Joël Silver (depuis condamné à deux-cent cinquante ans de prison ferme pour assassinat de décors), ils commencèrent le tournage dans une tour toute neuve, encore partiellement en travaux, proche des plateaux de la Fox. Le propriétaire du building n’était autre que... la branche immobilière de la Fox, justement (petits malins...). Toutefois, ce choix ne fit pas que des heureux : les responsables de la tour firent tout ce qu’ils purent pour ralentir le tournage, craignant autant le bruit que les dommages sur l’immeuble.

 

   Anecdote rapportée par MacT en personne : « Ils ont tout faire pour empêcher le tournage. Ils ont dit que la chute de la voiture de police le long des escaliers de l’esplanade allait écorcher les marches de marbre, malgré les protections que nous avions prévues, et ont donc exigé que nous préparions du marbre de rechange pour parer à toute éventualité. Or ce marbre n’existait qu’en Espagne. Il a fallu en apporter tout un lot par avion ».

 

   Les problèmes s’accumulant (la réalisation n’est pas toujours de tout repos, n’est ce pas, « Will » et Air1... ), le budget grimpa à vingt-huit millions de dollars... Une jolie somme à l’époque. Le scénario, lui, n’était toujours pas finalisé et fut réécrit au jour le jour. Le travail de Jan De Bont (Monsieur Catastrophe de « Speed », de « Speed 2 » et de « Twister » entre autre – pas de « Twister 2 » à l’horizon par contre, ouf !). Ainsi, vous saurez que ce film vénéré est le produit de nombreuses improvisations...

 

   Et puisque quand y a ce genre de problèmes, c’est pas le pied, on va parler des pieds de Bruce, justement (ok, la transition est faible... ). Afin de rendre le personnage de MacLane aussi vulnérable que possible, il avait été décidé qu’il passerait le plus clair de son temps pieds nus (ils auraient pu aller plus loin, mais finalement...). Pour bien faire, ils l’ont joué façon Hobbit : Willis a porté durant le tournage des bottines moulées en forme de panards, précisément. MacTiernan souhaitant pousser le concept, imagina sur le plateau la séquence de flingage de baies vitrées (une des meilleures du film), ce qui permettait au passage de mettre en valeur l’intelligence et l’ingéniosité de Gruber dans le film.

 

   Anecdote : En réalité, la séquence fut réalisée par la société d’Sfx Boss Films, la boite de Richard Edlund (lequel avait précédemment « bossé » sur « 2010, odyssée II » et sur « SOS fantômes » - à ne pas confondre avec « Fantômas », merci), à l’aide de miniatures.

 

 

L'explosion du troisième étage.

 

   Boboss bossa sur les deux autres grandes scènes d’action du film : l’explosion de l’étage et l’explosion du toit. Dans le premier cas, ils utilisèrent une perspective forcée pour l’ordi tombant dans l’ascenseur, et une maquette pour l’explosion. Le problème rencontré fut que l’explosion sur la maquette semblait gigantesque, puis... inversement tandis que les flammes s’élevaient dans la cage d’ascenseur. Problème de proportion, monsieur MacT ? Ok, le réal en personne trouve la solution : le début de l’explosion fut tourné à 240 images par seconde, puis l’on coupa le moteur de la caméra, tandis que le filmage continuait. La pellicule, lancée par son inertie, continua d’enregistrer les images, mais à vitesse descendante, ce qui permit ainsi de rétablir les proportions des flammes par rapport à la cage d’ascenseur.

 

L’explosion de l’étage, à l’inverse, fut un effet réalisé sur le plateau à l’aide de centaines de flashs répartis le long du troisième étage du bâtiment. Le reste (les flammes), avec une miniature peinte en noir. Les images mélangées, le tour était joué. C’est grosso modo le principe de caches et contre-caches utilisés sur le tournage de « Blade Runner » (décrit dans l’un de mes précédents articles, donc).

 

 

La destruction du toit...

 

   Boss Films s'appuya sur la maquette de l’hélicoptère fourni par Larry Jolly pour choisir les proportions de la miniature de la tour. Pour garder le bon timing, l’hélicoptère fut relié au toit et fit donc office de détonateur. Lorsque que le premier chutait et explosait, le deuxième suivait, déclenché par le fil de l’hélico.

 

   Anecdote : les différentes maquettes étaient disposées sur le parking de Boss Films... (ok, elle un peu gratuite, l'anecdote...)

 

 

   "Piège de Cristal" est donc le premier film d’action à mélanger le genre catastrophe, violence, psychologie et personnages humanisé. Se distinguant par une mise en scène énervée, il démontre la plus grande qualité de MacTiernan, celle souvent mise en avant par les madnautes, à savoir le sens de l’espace. A chaque moment, l’on sait où l’on est, qui est où, qui est qui et où est quoi. Le réalisateur utilise chaque parcelle de son terrain (comme sur « Predator », sorti l’année précédente) de jeu pour mettre en valeur des situations toujours plus folles, sans jamais négliger ses personnages :

 

   Gruber n’est pas un terroriste ordinaire, c’est avant tout un homme qui a perdu la foi en ses opinions politiques, un cynique intelligent, intellectuel coincé au milieu d’un univers en plein changement (le terrorisme à la Baader vivait sa fin à la même époque). C’est un voleur.

 

   MacLane est un flic de la rue, trop souvent dehors, négligeant sa famille, tandis que sa femme, campée par une Bonnie Bedelia qui trouvera ici son rôle le plus marquant, trouve refuge loin de son couple pour se plonger dans une carrière qui déplait à son mari. Maclane, pur obstiné, se sent dépassé par sa femme. Il trouvera donc la rédemption de son couple dans son acharnement à sauver les otages de l’immeuble, prouvant ainsi à la demoiselle en détresse l’importance et la folie de son activité. Rien n’arrêtera le personnage. Les terroristes sont quinze ? Qu’importe, il les élimine les uns après les autres au cours de séquences ébouriffantes d’efficacité qui non seulement feront date mais qui deviendront même les maîtres-étalons des films d’actions à venir (sans parler des démarcages évident que seront « Piège à grande vitesse », « Passenger 57 » ou « Mort subite »). Cette même efficacité est autant due à la mise en scène de MacTiernan qu’à sa volonté de stylisation, de caractérisation de ses personnages. Chacun d’entre eux a son style, est immédiatement identifiable – même si leur importance reste variable. L’impact de la mort de chacun est d’autant plus fort et chaque décès se veut réaliste. Pour exemple, le combat entre le danseur russe Alexander Godunov (qui avait vraiment la trogne de l’emploi. Pour info, ce transfuge évadé de l’ex URSS – voir le lien plus haut, car cette partie de sa vie vaut bien un roman à lui tout seul – est malheureusement décédé, trop jeune, en 1995) et MacLane est brutal, de plus en plus barbare, (jusque dans les dialogues : « Je vais te buter, je vais te cuire et après je vais te bouffer ! » Voilà de la réplique comme je les aime...). Tandis que les séries A d’action se faisaient parfois un peu timides (à quelques exceptions près et je ne parle pas des films de séries B fantastiques comme nous les apprécions, nous, les madeux), axant généralement sur une violence graphique très BD, MacT n’hésite pas à montrer les impacts de balles, les genoux explosés, la viande... Une certaine idée du bonheur, quoi...

 

   Maclane, quant à lui, ne peut pas être plus caractérisé : pieds nus, dans un état de plus en plus discutable (une balle dans l’épaule, les pieds en sang, la face en vrac, ça ne devrait pas aider à reconquérir sa belle, pourtant... ), il parle au sergent Powell (Reginald Veljohnson, dont le rôle fut tellement marquant qu’il joua un personnage de policier particulièrement similaire dans le Sitcom « Family Matters », entre 1989 et 1998), de ses propres déboires. Powell... un personnage issu tout droit des techniques du scénariste et de MacTiernan pour provoquer une identification totale au personnage de MacLane. Entre deux fusillades et autres morceaux de bravoure, tandis que les terroristes s’organisent comme ils peuvent pour éliminer le héros et récupérer les explosifs pour le toit, John s’épanche sur l’épaule radiophonique de Powell, personnage rendu plus humain que l’humain : bon père de famille (tiens tiens... je vais y revenir), bon policier, compréhensif, il se fait vecteur auprès du public des faiblesses et des peurs de Maclane pris dans ses situations inextricables.

   Le flic assiégé, seul, plaisante, ironise, fait le bravache (pour le plus grand plaisir du spectateur), mais il est humain et il faut le rappeler de temps en temps. Telle est la fonction première de Powell. Le Sergent n’est autre que l’humain à l’intérieur du superman qu’est en passe de devenir John MacLane. Il remplit la fonction tenue par Holly, au début du métrage, à savoir rendre ML aussi humain que possible tandis que l’histoire l’envoie tout droit au charbon, seul, comme un grand, pour affronter ses propres douze travaux. Personnage réduit à sa seule fonction ? Non. Le personnage est aussi fouillé que possible, compte tenu de la durée de sa présence dans le film. Il a une histoire (la mort d’un gamin sur la conscience), une vie (sa femme est enceinte) et un sale caractère doublé tout de même d’un certain humour. De même, la femme de MacLane est elle-même caractérielle, et a la réplique facile. Aucun personnage important du film n’est jamais négligé. Argyle, autre expression d’une volonté d’identification, personnage comique du film, Sidekick involontaire, aura lui-même son heure de gloire en stoppant la fuite de Théo, à la fin du film. Qu’en conclure ? « Que vous tous, pouvez devenir un héros ?... ».

 

 

La ville...

 

   Le métier de flic, c’est la rue. L’extérieur est le danger. En tant que flic, Maclane est donc celui qui empêche l’extérieur et ses dangers de pénétrer à l’intérieur de la maison (la famille). Ici, nous avons un policier qui se doit de faire face avec l’ennemi intérieur, celui qui a passé les barrières de l’extérieur pour venir agresser l’intérieur. Bons, méchants, lâches, courageux, tous sont prisonniers de leur tour d’Ivoire (seul contact avec l’extérieur : la radio), tandis que les policiers et le FBI (dont Robert « Profiler » Davi – sans doute sorti tout droit de Maniac Cop II... et de James bond « Permis de tuer ») s’efforcent d’entrer à l’intérieur. Même les flics représentent un danger pour les otages prisonniers. Mal leur en prendra, car ils finiront en barbecue...

 

   MacLane doit donc faire le choix draconien de garder les flics à l’extérieur tout en combattant à l’intérieur. Les médias, vecteurs des exploits de Maclane (caractérisation du héros porté à son maximum par les commentaires des journalistes – pourris au demeurant) servent ici à développer l’impact de chacune des actions du personnage central (et nous interroge au passage sur le rôle et les effets du métier de journaliste). Il en va de même pour la femme de MacLane, qui ne tremble pas devant les terroristes mais qui, à la limite, tremblerait pour eux si elle n’était pas dans la plus mauvaise des situations. La famille plus forte que le mal, la résolution des problèmes par la violence, voilà bien un thème que l’on retrouve souvent dans les productions américaines. Bande de cow-boys, tiens... mais quel film !

 

   Le réalisateur ne manquera pas d’associer à ce monde de brutes des situations de suspens totalement psychologique : entre le cliché du preneur d’otages autorisant le fauteuil pour la Miss enceinte jusqu’aux cheveux (empruntés à Bruce Willis ?) et la confrontation verbale entre un Gruber jouant les otages et un Bruce Willis pas dupe du tout, le metteur en scène distille à la fois le stress et les personnalités... avant de tout faire exploser, bien sûr.

 

 

   Seuls contre tous. Maclane ou MacTiernan, même combat. Le réalisateur, sur ses films suivants, passera le plus clair de son temps à défendre son travail contre des producteurs qui ne cessèrent depuis à remonter ses films (tout spécialement le 13ième guerrier... Snif... Soupir...).

 

 

Film au succès foudroyant, « Piège de Cristal » engendrera donc deux suites : « 58 minutes pour vivre », en 1990 (dont le scenario fut tiré d’une nouvelle intitulée « 58 minutes » de Walter Wager), de Renny Harlin – par ailleurs auteur d’un autre chef-d’œuvre, à savoir « l’exorciste, the Beginning (rire), et « Une journée en enfer » , en 1995, de nouveau réalisé par John MacTiernan (un vrai bijou, celui-là, si on excepte la fin proprement massacrée par les producteurs) et dans lequel MacLane affronte le frère de Gruber, Simon Peter. Il pourrait bien y avoir un quatrième en préparation... (Bruce s’étant acheté de nouveaux cheveux?). Plusieurs jeux vidéos, par ailleurs, ont adaptés le personnage et les aventures de Maclane sur différentes plate-formes : « Die Hard : Piege de Cristal », « Die Hard Trilogy », « Die Hard Trilogy 2 : Viva Las Vegas », « Die Hard : Vendetta », et « Die Hard : Arcade ».

 

 

Bon, c’est pas le tout, mais va bien falloir que je commente un film moins connu, un de ces quatre... Histoire de faire plaisir à Carbonizer ! :-) (A ce propos, t'inquiète pas pour James, j'essaierai de t'envoyer des idées dès que j'ai cinq minutes... la semaine prochaine, j'espère!)

 

March, 2006

Dessins et desseins...

Définition du madnaute (dictionnaire Zhora Larousse, en exergue du livre des ombres et du Necronomicon...) : Poète du cinéma, rêveur et geek (ou nerd, on finit par ne plus savoir...) de la moindre nouvelles sortie cinématographique et oscar de la râle critique. Accessoirement des visiteurs réguliers et sympathiques du site Web "Mad movies" (magazine du cinéma fantastique reconnu).
 
En voici trois d'entre eux : Hasgarn, Gillesbd et Carbonizer... Quelques exemples de leurs illustrations, présentées ci-suit, vous calmeront tout de suite si vous croyez savoir dessiner... Là, ça sent le talent!
 
Le blog de Slasher - crée il y a peu - vous permettra d'avoir quelques informations passionnantes au sujet du film Evil Dead. A ne pas manquer, donc!!!! Le blog d'Hasgard vous permettra aussi d'avoir d'autres critiques, analyses et infos diverses indispensables sur des films tels que "Innocence" pour ne citer que cet exemple.
 
Pour en savoir plus sur ces jeunes graphistes ou dessinateurs, référez-vous au blogs indexés en bas à gauche... ou cliquez sur les hyperliens :
 
 
 
 
 
Ils attendent vos commentaires (élogieux, forcément...)
 
(Je rajoute au passage le dernier de Carbo, alias "REz", le personnage de James...)
 
Bon Surf!!
 
 
March, 2006

Blade Runner - l'analyse.

-BLADE RUNNER – La critique -

 

(Fais chier de ne pas pouvoir insérer des photos dans les textes pour en aérer la lecture... si quelqu’un sait comment faire sur les blogs msn, je suis preneur...)

 

 

Réalisateur : Ridley SCOTT. Production : Michael DEELEY. Scénario : Hamton FANCHER/David PEOPLES, d’après Philip K. DICK. Photographie : Jordan CRONENWETH. Chef décorateur : Lawrence PAULL. Directeur artistique : David SNYDER. Responsable des concepts visuels : Syd MEAD. Costumes : Charles KNODE. Montage : Terry RAWLINGS. Musique : VANGELIS. Sfx plateaux : Terry FRAZEE. Effets visuels : Douglas TRUMBULL/Richard YURICICH/David DRYER. Photographie des miniatures : Dave Stewart (mais non, pas le chanteur... bande de nazes...). Superposition optique : Robert HALL. Chef Maquettistes : Mark Stetson. Peintures sur verre : Matthiew YURICICH. Animation : John Walsh.

 

Interprètes : Harrisson FORD (Deckard), Rutger HAUER (Roy Baty), Sean YOUNG (Rachel), Edward James OLMOS (Gaff), M. Emmett WALSH (Bryant), Daryl HANNAH (Priss), William SANDERSON (J.F. Sebastian), Brion JAMES (Leon Kowalski), Joe TURKEL (Docteur Eldon Tyrell), Joanna CASSIDY (Zhora (alias Miss Salomé), James HONG (Chew), Morgan PAULL (Holden), Kevin THOMPSON III (Bear), John Edward ALLEN (Kaiser), Hy PYKE (Taffy Lewis), Kimiko HIROSHIGE (La Cambodgienne), Bob OKAZAKI (Le patron du Sushi), Carolyn DEMIRJIAN (La prostituée), Kelly HINE (la strip-teaseuse), Rose MASCARI (Patron de bar).

 

   Durée : 1 h 56.

   Sortie US le 25 juin 1982.

 

 

Los Angeles, 2019.

Devenue une gigantesque mégapole surpeuplée, sale, cosmopolite, la ville de Los Angeles est le théâtre de l’évasion d’un groupe de « réplicants », androïdes organiques créés par l’homme pour l’aider dans le cadre de dangereux travaux pour la colonisation des planètes du système solaire.

A la suite d’une révolte, les Réplicants sont interdits sur Terre. Une unité spéciale de chasseurs de primes payés par la police est crée pour les traquer sur terre. Ce sont les « Blade Runners ».

A la suite de l'évasion de quatre Nexus 6, modèles des plus dangereux, intelligents, fort et agiles parmi les réplicants, Rick Deckard, ancien Blade Runner, doit reprendre du service, retrouver ses proies et les éliminer un par un. La recherche de ses deux hommes et de ses deux femmes s'avère difficile car ils sont semblables en tous points à l'être humain, à la différence près qu'ils n'éprouvent en principe aucune émotion... Mais est-ce si vrai que cela ?

Et si, un jour...

 

Eh oui, comme promis, après l’article que j’ai écris sur la genèse du film, en voilà la critique... enfin, du moins la mienne – c’est ma vision du film, que toi, éventuel lecteur, tu pourras commenter si tu le souhaites...

 

PS. Ci-suit, plus bas, j’ai indexés quelques photos du film, dont des photos tirées de séquences coupées au montage tel qu’on le connaît actuellement !!

 

 

 

Au début du 21° siècle, la Tyrell Corporation a permis à la robotique d'entrer dans la phase NEXUS : un être en tout point identique à l'homme, connu sous le nom de Réplicant.


Les Réplicants du modèle NEXUS 6 sont d'une force et d'une agilité supérieure à celles de leurs généticiens, et d'une intelligence au moins égale.

Les Réplicants étaient utilisés comme main d’œuvre sur les colonies de l'espace, lors de missions d'exploration ou de colonisation de planètes extraterrestres.
Après la sanglante mutinerie d'une équipe de combat NEXUS 6 dans une colonie de l'espace, les Réplicants ont été déclarés illégaux sur Terre, et passible de la peine de mort.

Des unités spéciales de la police, les unités BLADE RUNNER, ont reçu pour ordre d'éliminer le moindre Réplicant présent sur Terre.

Il ne s'agit pas d'une exécution
Le terme employé est retrait

 

Fondu au noir.

 

Los Angeles apparaît. Torturée par la multitude de spinners vrillant le ciel brûlé par les cheminées géantes des industries locales, immense mégalopole enfumée, polluée, L.A., la cité des anges nous offre la vision d’un univers de Dante, infernal, surpeuplée et plus inhumaine que jamais. Telle est la première vision marquante du film. La patte visuelle de Ridley Scott est immédiatement reconnaissable, enchaînant ses plans sur la mégapole reflétée dans l’œil du Blade Runner Dave Holden, observant cet enfer urbain juste avant d’interroger Léon et se faire plomber par le réplicant découvert.

 

 

Le film, réalisé par Ridley Scott (plus tard auteur de « Gladiator » ou, plus récemment, de Kingdom of Heaven ») constitue la seconde incursion du réalisateur de la science-fiction, et son troisième film après les « duelliste » en 1977 avec Harvey Keitel, et « Alien », premier film a mélanger de façon réaliste SF, film d’horreur et quotidien futuriste sale. Sortant de l’échec de la production « Dune » (lequel sera finalement réalisé par David Lynch, sous la houlette du producteur Dino De Laurentiis), il s’atèle donc à « Blade Runner », adaptation du roman de Philip K. Dick.

 

L’écrivain, auteur du livre « Blade Runner » (en fait titré ainsi après la sortie du film, le titre original étant  « Do Androïds dream of electric sheept »), n’aura pas le temps d’assister à la sortie du métrage au cinéma : il décèdera peu avant et n’aura que le temps de voir les Rushes et le premier montage. Dick s’est toutefois révélé très ému devant l’adaptation de son oeuvre (il aurait pleuré en le voyant).

 

Le temps aidant, malgré l’échec financier du film à sa sortie, plus personne ne peut véritablement nier qu’il s’agit en effet d’une réussite (même si l’on pourrait critiquer un des aspects de celui-ci : la date à laquelle il se passe, à savoir 2019, sans doute trop proche par rapport à la technologie décrite... mais il y a peut-être une raison, dont je parlerais ensuite, à cela).

 

Le film, comme le livre, est une réflexion sur l’humain et sa nature. Si le livre nous épanche d’un débat sur le « Mercerisme », sorte de version SF du socialisme (soulignant la perte d’identité individuelle des humains au sein de la société – sujet couramment abordé dans le roman, qui a été écrit 20 ans après le « 1984 » de George Orwell), d’une Terre ravagée par les radiations (soulignant la perte d’identité physique des humains dans leur société...), et d’une réflexion sur l’Eugénisme (l’interdiction des humains irradiés, au patrimoine génétique muté, de quitter la Terre) face à l’homme nouveau (les réplicants, sans âme, plus fort, plus rapide et plus intelligents), le film s’implique davantage au conflit qui oppose l’homme à son double, le réplicant, sous l’angle de l’esclavage, de la liberté et de la différence, en nous gratifiant, tant qu’on y est, d’un débat sur les relations humaines au sein d’une société déshumanisée, tout en le doublant d’un autre sur la nature de Dieu et de ses rapports avec la science et ses créations (Cf. Le personnage d’Eldon Tyrell, présent dans le roman sous un autre nom, celui d’Eldon Rosen).

 

Les personnages, tout d’abord.

 

Nous avons Rick Deckard (Harrison Ford, au faîte de sa carrière), présenté comme un Bogart futuriste, un privé désabusé, solitaire, et écœuré par son travail. L’homme trouve refuge dans son appartement perpétuellement coupé entre l’ombre et la lumière, hanté par les photos de ce qui semble être sa famille (comme un moyen de se raccrocher à un passé hypothétique, une identité difficile à conserver dans ce monde cosmopolite qu’est devenu L.A.). Deckard/Bogart trouve son réconfort sur le balcon, un verre de whisky à la main, tandis que les spinners de la police défilent à toute vitesse à mi-hauteur de son building.

Deckard, prisonnier de son rôle de chasseur après que Dave Holden, autre Blade Runner, se soit fait descendre par l’un des réplicants recherchés, à savoir Léon Kowalsky (interprété par feu Brion James), a abandonné son travail parce qu’il commençait à ressentir trop d’empathie envers ses cibles.

 

 

Nous avons Roy Baty (le pas encore bedonnant Rudger Hauer, dans sans doute l’un de ses deux ou trois meilleurs rôles) brute en perpétuelle recherche de rédemption (« J’ai aussi fait des choses très discutable » dira-t-il à Eldon Tyrell), qui cherche à s’introduire dans la Tyrell Corporation afin de rencontrer son créateur, Eldon Tyrell, et découvrir un moyen de sauver sa femme, Priss (Daryl Hannah).

 

 

Nous avons Priss (Daryll Hanah, pas encore petite amie de feu John John Kennedy et ex mannequin par ailleurs sortie de « Splash » de Ron « boule de billard » Howard, Aka « Richie Cunningham » dans « Happy days »), justement, femme légèrement Lolita, championne de catch acrobatique (sic !), personnage froid, mais amoureuse de Roy, qui se prendra d’affection pour JF Sébastien, généticien de la Tyrell.

 

Zhora, le troisième réplicant du groupe d’évadés, trouve sa voie non pas en se cachant mais en se montrant... C’est par elle et son ami Léon que tout arrivera, que Deckard remontra la piste des Réplicants. Elle trouve sa liberté dans le spectacle, dans la reconnaissance de l’humain (sans que ceux-ci ne découvrent sa véritable identité). Zhora, par ailleurs tueuse pour le gouvernement dans sa vie de réplicante, rêve d’une vie d’opéra, de chant et de paillettes... elle se réfugiera lamentablement dans un bouge. « la belle et la bête, elle est les deux », comme le dit si bien le commissaire Bryant (l’esclavagiste même, raciste, qui ne parle que de « gueules d’humains » pour désigner les réplicants). Cette dichotomie entre la nature présumée des réplicants et leurs aspirations réelles reflèteront tout le fondement du film.

 

Le quatrième réplicant, Léon, lui, se trouve dans ses collections de photos, lesquelles font dangereusement écho à celle de Deckard, et sa recherche d’une famille (il tuera Holden après que celui-ci lui ait demandé quels souvenirs il a de sa mère...). Chacun d’entre eux recherche son propre humanité. Telle est le thème du film dont on retrouvera la solution dans le personnage clé de Rachel Tyrell (Rachael Rosen, dans le roman).

 

 

Le nœud de l’affaire.

 

Lorsque Deckard se rend pour la première fois dans le building de la Tyrell, afin de tester la méthode Voight-Kampf – il y découvrira trois choses. Un : les réplicants Nexus 6 ne bénéficient que de quatre ans de vie. Deux : que les réplicants n’éprouvent pas d’empathie et que la seule façon de les rendre à peu près humain est de leur implanter des souvenirs artificiels (thème que l’on retrouve d’ailleurs dans Total Recall, du même écrivain). Et trois, il découvre Rachel.

Rachel, pseudo nièce d’Eldon, n’est en fait autre que le réplicant de celle-ci, la vrai, la « donnante » ayant été perdue lors d’une mission dans l’espace. Rachel bénéficie de faux souvenirs lui donnant l’illusion d’être pleinement humaine. Rick utilise le test Voigt-Kampf sur elle, découvre la vérité : Tyrell expliquera à Deckard que les souvenirs sont le coussin émotionnel pour l’homme, et peuvent l’être aussi pour les réplicants qui – eux – n’ont que quatre ans pour apprendre des sentiments qui sont évidents pour l’homme. « Plus humain que l’humain », telle est la devise de Tyrell.

La question deviendra très vite : combien de réplicants ont bénéficié de cette technologie ? N’est-ce pas un moyen d’évasion idéal pour le réplicant en fuite ? (question qui m’amènera au spoiler le plus important du film, mais patience !).

 

 

Rachel apprendra la vérité sur elle-même. Ne supportant plus sa condition de demi-humaine, elle s’évadera de chez Tyrell, se rendra chez Deckard comme pour le forcer à la rassurer. Vain espoir. Ses souvenirs sont factices et il lui ne lui reste que quatre ans de vie maximum.

 

Pourtant, et le nœud du problème est bel et bien là : si les réplicants perdent cette différence constituée par ses fameux souvenirs artificiels, qu’est ce qui les différencie des êtres humains ? Le seul fait de leurs quatre ans de vie ? Et dans ce cas, quelle est la valeur morale de leur condition d’esclaves ? L’esclave, autrefois, n’était pas considéré comme un être humain. Il était considéré comme un sous-homme. L’histoire se répète avec les réplicants.

D’autres questions : qu’est ce qui fait d’un être humain, un être humain, précisément ? Ses souvenirs ? Son éducation ? Son âme (et là, entre la problématique de Dieu, d’où la présence de Tyrell et du conflit moral de Roy Baty) ?

 

Les réplicants peuvent tuer. Mais les hommes en sont aussi capables (notamment Deckard, dont c’est le métier).

 

Les réplicants peuvent aimer. Roy aime Priss, et réciproquement, sans parler de Deckard et Rachel.

 

Les réplicants peuvent comprendre le sens de la vie. Roy finit par choisir de sauver Deckard, tandis que celui-ci est prêt à tomber dans le vide. Rachel sauvera Rick de Léon au moment où celui-ci manque d’être tué par le Réplicant.

 

Les réplicants peuvent ressentir le manque affectif. Leon ne collectionne-t-il pas des photos de famille ?

 

Les réplicants ont l’instinct de conservation, le besoin de se sauver et de sauver leur âme.

 

Les différences fondamentales entre l’homme et sa création se sont effacées. A ce titre, l’on pourra rapprocher d’ailleurs le roman et le film « Blade Runner » d’une autre oeuvre classique plus ancienne et non moins remarquable : Frankenstein, de Mary Shelley. Là encore, déjà, la différence entre le créateur et sa créature s’efface au point qu’au final, la créature, pourtant meurtrière, ne  peut que remporter l’adhésion au détriment du créateur, le bon vieux docteur Frankenstein.

 

« Blade Runner » est donc, dans le fond une revisite de l’œuvre de feu la veuve du poète anglais Percy Shelley (lequel peut au passage remercier sa femme : il serait probablement oublié de l’histoire sans elle...).

 

Les réplicants peuvent même apprendre, avec ou sans souvenirs implantés. Roy Baty, au terme d’une course-poursuite cauchemardesque, malgré ses actes passés, finit par sauver la vie de Rick Deckard, pourtant venu pour le tuer, et lui fait une magistrale leçon de vie et de liberté, au travers d’une fascinante, magnifique et définitive description de sa vie passée dans l’espace :

 

« Si vous, humains, pouviez voir ce que j’ai vu... J’ai vu de longs navires en feu, dans l’ombre des portes de thannahauser... Et tous ces souvenirs se perdront comme les larmes au milieu de la pluie ».

 

Cette même liberté se trouve sans arrêt illustrée par SCOTT avec cette image emblématique de Baty tenant une colombe (MAIS NON, CE N’EST PAS UN PIGEON, MECREANT ! LESE-MAJESTE !) entre ses mains avant de sauter par-dessus le gouffre qui fera de lui un être humain à part entière... Humain ou plus qu’humain ? Baty réussit là où Deckard échoue : sauter entre les immeubles. Deckard, notre Bogart de service, n’est qu’un être humain. Baty (géant blond... étrange manière d’inverser les « codes » de l’esclavagisme et du pseudo humain supérieur entre parenthèse, puisque ici, c’est l’humain supérieur, l’esclave. Et celui-ci, dans le film, n’est  théoriquement inférieur que sur le plan moral – un pied de nez aux idées malodorantes aussi amusant que bienvenu) lui est supérieur.

 

La famille.

 

L’homme, déshumanisé au sein de sa cité tentaculaire, de sa technologie (rapprochant au passage « Blade Runner » de la thématique de « 2001 ») doit faire face aux androïdes, produits de cette même technologie, lesquels, même aigris et perdus, semblent plus à l’aise dans leur univers. Les Réplicants représentent le pendant de la solitude de Deckard. Les réplicants, même seuls, sont solidaires les uns des autres. Roy et Priss sont le mari et la femme. Léon et Zorha sont les amis proches. S’ils n’ont pas d’enfants, Roy semble réagir avec JF Sébastien comme un père le ferait avec lui. Il joue avec lui, lui parle... tandis qu’à l’inverse, Roy et Priss, êtres artificiels, trouvent refuge dans le monde de Sebastien, peuplés d’automates en tout genre. Comme si les deux êtres n’étaient rien de moins que l’expression ultime de sa réussite technique, et son palliatif social et émotionnel. Sa famille. Ses robots et désormais Priss et Roy. JF Sébastien, être maladif subissant une maladie dégénérescente qui le vieillit plus vite que la normale, trouvera refuge et fantasme au milieu de ses inventions mécaniques. L’homme, au sein de sa technologie, est seul. Les réplicants - l’imitation de l’homme - ne le sont pas.  Deckard, l’humain, n’a pour lui que ses photos. Il ne trouvera qu’une proximité émotionnelle avec... une réplicante, autre création de Tyrell.

 

Et pour cause (spoiler) : dans la version initiale de SCOTT, Deckard se révèle être lui-même un réplicant, L’un de ceux qui se sont évadés, le mystérieux réplicant manquant dont il est fait allusion au début du film : lorsque Bryant donne l’affaire à Rick Deckard, il parle d’abord de six réplicants évadés. L’un d’eux est électrocuté, il devrait en rester cinq, mais on donne l’ordre à Deckard de n’en rechercher que quatre. La confusion est d’autant plus importante qu’au milieu du film, on nous sous-entend que Rachel est la mystérieuse réplicante manquante, or, celle-ci a toujours été au service de Tyrell et ne peut pas faire partie du lot des évadés.

En revanche, il est difficile de ne pas s’apercevoir que le comportement de Deckard se rapproche souvent de celui de Léon (la collection de photos), sans parler du fameux rêve de licorne qu’il fait au milieu du film (la licorne étant un symbole du Dieu dans la création). Deckard serait alors un réplicant qui se serait fait implanter une mémoire artificielle et qui aurait tout oublié de ses véritables origines.

 D’après les dires de Scott lui-même, Rick Deckard est bel et bien un réplicant, et l’on aurait une partie de la clé du mystère lors deux séquences coupées au montage, séquences qui montraient Holden, sur son lit d’hôpital (après qu’il se soit fait tiré dessus par Léon dans l’immeuble de la Tyrell Corporation), et Rick discutant ensemble de l’affaire (je rappelle que le film a été remonté et que Ridley Scott n’a pas eu le bénéfice du director’s cut).

 

La fin, lorsque Deckard découvre la licorne de papier, laissé par Gaff, le flic interpreté par Edward James Olmos, prendrait alors un tout nouveau sens : au lieu de n’y voir que le seul refus définitif du système, nous aurions un Deckard assumant pleinement sa nature d’homme traqué, de réplicant d’avance privé de vie et de destin, s’enfuyant – sans aucun doute en vain – dans la nature au bras de Rachel, autre réplicante, tels des "Adams et Eve" fuyant le paradis technologique dont il sont issus. Ce qui nous donnerait non plus seulement une fin pessimiste, mais un nouveau symbole, puissant,  à la fois représentatif du rapport entre Dieu et ses créatures,  et du rapport entre l'homme et ses créations... Les deuxièmes choisisant de couper le cordon avec le premier pour disparaitre dans la nature, libres mais traqués. Une (très belle et triste) fin qui résout la totalité des enjeux et des questionnements présentés d'une seule pièce. Le coup d'éclat final, à l'heure d'aujourd'hui, amputé de son information maitresse - le Deckard réplicant, donc - permettant une analyse complète de cette fin (excepté quand on connait le spoiler en question bien sûr, arf! Et encore... Tant qu'on aura pas vu le premier montage du film...).

 

 

Les créatures sont devenues humaines, et, désormais dotées d’un véritable libre-arbitre, plus rien ne les distingue de leurs créateurs.

 

 

 

Le créateur et l’enfant prodigue.

 

Le très kubrickien Joe Turkel (il jouait « Lloyd le barman fantôme » dans le "Shinning" adapté du roman de Stephen King par Stanley Kubrick – 1980, et dans les sentiers de la gloire du même auteur - 1958), froid comme la glace, inhumain, semblant éprouver encore moins d’empathie pour l’être humain que ses créatures, interprète Eldon Tyrell. Il aura, donc, dans le fond, crée les réplicants à son image. Pourtant, recherchant « le plus humain que l’humain », il trouvera sa pleine satisfaction avec Roy Baty, capable, lui, d’éprouver des sentiments. Nous avons donc d’un côté Tyrell, personnage solitaire, distant, et enfermé dans sa tour au milieu d’un monde surpeuplé, qui se recrée une famille à son image via ses créatures. Et ses créatures en fuite, traquées, qui dépassent le stade imposé par le créateur et qui, frustrée par leur condition d’esclaves à la courte vie, finiront par détruire le créateur (comme le monstre de Frankenstein le fera pour les mêmes raisons dans le roman de Shelley). La thématique de la famille perçue subtilement par le biais d’un scénario brillant signé par notamment par David Peoples (auteur du scénario de « l’Armée des douze singes » - remake du court-métrage la « jetée », de Chris Marker – 1962 - réalisé par Terry Gilliam en 1995. Et auteur, par ailleurs du script de « Soldier », film réalisé par Paul Anderson – 1998 – avec Kurt Russel. Il faut noter que « Soldier » a été initialement conçu comme étant une « sidequelle » à « Blade Runner », les deux films se déroulant dans le même univers. Dans Soldier, métrage qu’Anderson a généreusement foiré, on peut d’ailleurs distinguer un spinner sur la planète « poubelle », à l’endroit où le sergent Todd finit après son propre « retrait ». Par ailleurs, Todd, joué par Russel, a participé à la bataille de Thannahauser, comme le personnage de Baty dans « Blade Runner »).

Tyrell, Dieu froid, essentiellement cérébral, finit assassiné sous le coup de l’émotion ressentie par ses créatures, sous le regard de JF Sébastien (dont le destin est un peu flou, dans le film – quoique dans les romans qui font suite au film, le personnage en question est « ressuscité » et utilisé d’une façon qui rappelle beaucoup le personnage de "Mercer" du roman original). Le créateur, fier de sa création, a trop bien réussi sa créature et en paye le prix lors d’une séquence pour le moins douloureuse et légèrement rallongé pour la version cinématographique de 1989.

 

 

La ville tentaculaire.

 

Pleinement un symbole de la société moderne, la cité, notamment L.A. (l’une des plus grandes villes du monde, en terme de superficie) est un monde envahi par la technologie, comme par un cancer : les vieux immeubles sont surplombés par de nouveaux, construits sur les fondations de l’ancien. Les voitures, anciennes, sont transformées en voiture moderne, le ciel est envahi de publicités (de marques connues, dont certaines ont d’ailleurs disparue depuis), de dirigeables prônant l’évasion de l’espèce humaine dans l’espace, et de spinners (de « glisseurs », en français). L’on retrouve même cet aspect « Cancer » sur la population elle-même : le mélange entre la tradition envahi par la technique (les parapluies-néons), les langues difformes (Gaff parle un patchwork, un « argot » des rues, mélange d’un peu toutes les langues parlées dans L.A.), certains figurants arborent des yeux artificiels ou des membres artificiels... la météo rendue folle par la pollution des industries... La perte de l’humanité, bouffé par la technologie, est partout, et non seulement dans les relations humaines. Sur ce plan, le film pourra être rapprocher (d’une toute autre façon) de « Silent Running » dont j’ai parlé plus tôt. La ville dévorante s’oppose totalement en terme de contradiction avec l’humanité naissante des Réplicants, face à la déshumanisation de l’espère humaine. Prélude d’un avenir voulu comme réaliste dans le film, la ville se fait acteur dans "Blade Runner" – plus que n’importe quel autre film – pour entrer de plein pied dans la thématique des personnages présentés. A ce titre, la proximité de la date « 2019 », et son mélange de technologie ultra-futuriste et de style passéiste se révèle être un choix logique et en définitive justifié.

 

 

 

Voilà donc ce qu’est « Blade Runner » : un long questionnement qui pourrait se résumer à « qui sommes-nous » ? (homme ? créature de Dieu ?), « que sommes-nous ? » (la famille, les relations humaines), et « où allons-nous » ? (l’évolution des Réplicants, la société urbaine environnante, la déshumanisation), et au final un questionnement sur l’autodétermination (par ailleurs sujet à controverse dans le christianisme, puisque celui-ci s’appuie sur une autodétermination, à contrario de l’Islam ou de la religion juive, notamment, lesquels s’appuient plus sur une forme de déterminisme théologique – merci, Ô lecteur, de me corriger si je fais erreur sur ce point très complexe qui représente l’une des grandes différences entre les doctrines religieuses monothéistes actuelles). Blade  Runner", loin d’être un film d’action, est un chef-d’oeuvre qui prend son temps, qui s’attache aux relations entre les personnages, leur nature et leurs univers respectifs, une fable immense et philosophique, noire, sur la destinée humaine.

 

 

 

 

 

Il faut souligner, pour finir, que trois suites littéraires ont été écrites par KW JETER – auteur de SF "Cyberpunk", justement.  Les romans, "Blade Runner" 2, 3 et 4 (le dernier n’étant pas paru en France) sont les suites du film, et non du roman de Dick. A l’instar du film, ils « adaptent » (surtout le 2, en fait) d’autres éléments ou personnages non-traités dans le premier film : le Blade Runner Andersson – sorte de transposition du Phil Resh dans le roman, Holden, Hannibal Sloat et sa clinique vétérinaire ou même les donnants de Roy Batty et Sarah Tyrell.

 

Sarah y vient donc chercher Deckard dans sa retraite – où il se cache avec une Rachel maintenue artificiellement en vie – pour l’envoyer en mission rechercher le dernier réplicant (le fameux sixième réplicant – le roman fait donc l’impasse sur la version de Scott).

 

Dans le troisième opus, Deckard et Sarah, en fuite sur Mars, se retrouve face à une machination liée à la prise de pouvoir de la Tyrell Corporation... en plein tournage du film « Blade Runner » mettant en scène l’aventure de Deckard lors du premier opus !! KW est un petit plaisantin, donc... J’avoue que si le deuxième présente un intérêt (court : l’ouvrage, publié dans la collection « millénaires » chez « J’ai lu » ne fait 270 pages), le troisième, chiche en action, moins en révélation, est assez lourdaud à lire. Il se termine par le départ de Rick vers les colonies de l’espace.

 

Je n’ai pas lu le suivant, titré : "Blade Runner 4, Eye and Talon", toujours du même auteur. Il est disponible en import semble-t-il (peut-être à Groland, aussi, je ne sais pas...)

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Blade_Runner_(romans)

 

Christian AUBIN.

 

Pour d’autres infos, sur le DVD et le film :

http://www.ecranlarge.com/dossier-81.php

 

 

March, 2006

Blade Runner... ou celui qui courait sur son foutu rasoir...

- BLADE RUNNER – La genèse.

 

Réalisateur : Ridley SCOTT. Production : Michael DEELEY. Scénario : Hamton FANCHER/David PEOPLES, d’après Philip K. DICK. Photographie : Jordan CRONENWETH. Chef décorateur : Lawrence PAULL. Directeur artistique : David SNYDER. Responsable des concepts visuels : Syd MEAD. Costumes : Charles KNODE. Montage : Terry RAWLINGS. Musique : VANGELIS. Sfx plateaux : Terry FRAZEE. Effets visuels : Douglas TRUMBULL/Richard YURICICH/David DRYER. Photographie des miniatures : Dave Stewart (mais non, pas le chanteur... bande de nazes...). Superposition optique : Robert HALL. Chef Maquettistes : Mark Stetson. Peintures sur verre : Matthiew YURICICH. Animation : John Walsh.

 

Interprètes : Harrisson FORD (Deckard), Rutger HAUER (Roy Baty), Sean YOUNG (Rachel), Edward James OLMOS (Gaff), M. Emmett WALSH (Bryant), Daryl HANNAH (Priss), William SANDERSON (J.F. Sebastian), Brion JAMES (Leon Kowalski), Joe TURKEL (Docteur Eldon Tyrell), Joanna CASSIDY (Zhora (alias Miss Salomé), James HONG (Chew), Morgan PAULL (Holden), Kevin THOMPSON III (Bear), John Edward ALLEN (Kaiser), Hy PYKE (Taffy Lewis), Kimiko HIROSHIGE (La Cambodgienne), Bob OKAZAKI (Le patron du Sushi), Carolyn DEMIRJIAN (La prostituée), Kelly HINE (la strip-teaseuse), Rose MASCARI (Patron de bar).

 

   Durée : 1 h 56.

   Sortie US le 25 juin 1982.

 

   Chef d’œuvre incontesté et ancêtre direct du cyberpunk littéraire (ayant notablement influencé William Gibson, père du genre), « Blade Runner » (littéralement, « celui qui court le long du fil du rasoir », terme désignant les chasseurs d’androïdes,  interdits sur Terre) est sorti dans nos salles en 1982. La mode était alors au Space Opera et le fantastique ne s’était alors jamais senti aussi bien.

 

   « Blade Runner », le roman, a été écrit par Philippe K. DICK en 1968, sous le titre « les androïdes rêvent-ils de moutons électriques » (« Do Androïds dream of electric sheept »). DICK – qui à l’instar de LOVECRAFT et de tant d'autres artistes de talent – n’a jamais connu le succès de son vivant – y décrit une chasse à l’androïde organique (les réplicants) au cœur de Los Angeles, sur une Terre dévastée par la bombe, dans un contexte où l’on ne sait plus qui est humain et qui ne l’est pas et dans lequel les animaux ont presque totalement disparu. Dans l’ouvrage, qui se déroule par ailleurs en 1992, les robots, des androïdes organiques ne se distinguent de l’humain que de par leur courte vie et par leur absence d’empathie, tandis que l’humain perd une partie de son humanité, précisément, sous l’effet des radiations et sous l’influence de ses créations, ne sait plus distinguer le vrai du faux. Pire encore : les androïdes, plus forts, plus intelligents que l’homme, font figure de nouvelle espèce, toute prête à prendre le relais d'une humanité qui survit difficilement sur Terre ou qui doit s’exiler dans les colonies. La réflexion sur qui est humain, qui ne l’est pas, ce qui fait de l’homme un être humain à part entière, la paranoïa et la schizophrénie font partie intégrante de la thématique de DICK (l’auteur, par ailleurs drogué pendant une grande partie de sa vie, a alterné les séances en asiles psychiatriques et souffrait de schizophrénie).

 

On peut retrouver ses mêmes thématiques dans les autres adaptations cinématographiques de ses romans à savoir, dans le désordre : « Minority Report » (Steven Spielberg - 2002), « Planète hurlante » (Christian DUGUAY - 1995), « Impostor » (Gary Fleder – 2002 – film qui contient par ailleurs des stock-shots de « Starship Troopers »), « Total Recall » (Paul VERHOEVEN – 1990), « Paycheck » (John WOO - 2003) ou le franchouillard et méconnu « Confession d’un Barjot » (Jérôme BOIVIN – 1992), sans parler des autres adaptations en cours ou à venir.

 

   Pour en savoir plus sur Philippe K.DICK, je vous invite à cliquer sur le lien Wikipédia, ci-contre : PKD.

 

 

   La Naissance d’un projet.

 

   En 1978, Hampton FANCHER, acteur de cinéma et de télévision, acquiert les droits pour une bouchée de pain. Il en rédigera un scénario qui séduisit aussitôt Michael DEELEY (alors titulaire de pas moins de cinq « Oscar » pour la production de « Voyage au bout de l’enfer » de Michael CIMINO). Il envoya le jet à Ridley SCOTT (Par ailleurs, frère de Tony « Man on Fire » SCOTT).

 

   Ce dernier était alors pris sur une autre production : « Dune », adaptation du Roman de Franck Herbert.

   Or, après dix-huit mois d’effort, cette deuxième tentative d’adaptation (il avait déjà fait l’objet d’une première tentative par Alejandro JODOROWSKI et MOEBIUS en 1975 : http://membres.lycos.fr/sarfa/ - pour en savoir plus sur ce projet) échoua. Ridley Scott, après avoir réalisé « Alien » avec ce qui restait du staff de l’adaptation avortée (notamment H.R. GIGER), se tourna donc naturellement vers la production de « Blade Runner ». Le scenario de Fancher fut alors confié à David Peoples.

 

 

   La production.

 

  L’auteur du film « Alien, le huitième passager » décida alors de remanier l’histoire. Initialement plongée dans un âge glaciaire, Los Angeles devient une cité tentaculaire, pluvieuse, polluée, ultra-cosmopolite, surpeuplée et surtout obscure. La production, à cause des limitations de budget, ne pouvait se permettre d’avoir des décors transportés au nord des USA (Détroit et Chicago ayant été envisagé comme lieu de tournage). A l’inverse, les studios de la Warner, à Los Angeles, offraient tout ce qu’il fallait de rues polluées et glauques.

 

   Ridley Scott recrutera donc le chef-décorateur, Lawrence PAULL (plus tard employé sur Retour vers le futur) et David SNYDER (futur décorateur de « Démolition Man » à qui l’on a plus tard souvent demandé de recréer des décors comparable à « Blade Runner ») pour imaginer le Los Angeles des années 2019. Très tôt, il fut décidé de créer un univers crédible, tangible, qui soit dans la continuité du monde des années 80. Le réalisateur organisa une projection de « l’âge de cristal » (adapté par Michael ANDERSON, en 1976, d’un roman de William F. Nolan et de Georges Clayton Johnson écrit un an avant « Blade Runner ». Avec Michael YORK et Farah FAWCETT dans les rôles principaux*). Selon SNYDER, SCOTT demanda à ses décorateurs de faire... exactement le contraire de ce qui avait été fait sur « l’âge de cristal ».

 

Exit, donc, les façades fleuries, les couleurs criardes et les jolies courbes cocaïnées...

 

   Mais le résultat sera que le film, vingt-quatre ans après sa sortie, restera toujours le maître étalon du genre. Pour s’en convaincre, il suffit de revoir « le cinquième élément » (Réalisé en 1999 par Luc BESSON, alias « le Copycat » du cinéma...), pour ne citer que celui-là.

 

   Autre employé d’importance recruté pour le film : Syd MEAD (lien vers son site web : http://www.sydmead.com/v/01/splash/). L’artiste conceptuel avait déjà travaillé pour Douglas TRUMBULL (lien et un autre lien, sur « Star Trek, le film » (Robert WISE - 1979), sur « Tron » (Steven LISBERGER - 1981) et allait bientôt travailler sur « 2010 » (Peter HYAMS – 1984 – la conception du « Leonov », c’est lui), sur « Aliens » (James CAMERON – 1986) ou même sur le projet avorté de Sylvester Stallone « Isobar » (que devait réaliser Ridley Scott, justement).

 

   Initialement, MEAD devait se concentrer sur les produits usuels de la vie quotidienne et sur la conception des véhicules (les « Spinners** »).

 

   Syd MEAD créa des vues dessinées en intégrant les « Spinners » dans leur contexte – pour mieux « vendre » ses concepts. Or la vision de l’environnement dessinée par MEAD plut tellement à Scott que le rôle de l’artiste fut étendu à l’ensemble de l’environnement graphique du film et servit de référence pour les décorateurs et les maquettistes. PAULL et SNYDER n’eurent plus qu’à « salir » le contexte visuel du film pour en accroître encore la vraisemblance.

 

 

   Pyramides, symboles de vie éternelle et symboles de pouvoir,  et Spinners, symboles... symboles de quoi, d’ailleurs ?...

 

   L’auteur « d’Immortel Ad Vitam Eternam » (2004), Enki BILAL n’a rien inventé. Celui-ci aurait envisagé de faire un procès à l’encontre des auteurs du film « Stargate » (Roland EMMERICH – 1989. Encore un ancien de la publicité, allemande cette fois), voire à Luc BESSON pour « Le cinquième élément » (d'ailleurs, pour être franc, je le trouve un peu gonflé, là, le père BILAL), pourtant, il aurait presque pu en faire de même pour « Blade Runner », puisque la bande dessinée qui est à l’origine de son film, « La foire aux immortels » est sortie en 1980 : les véhicules volants... les pyramides... les prémices sont bel et bien là. (Je rajoute ceci, bien après l'écriture de cet article : Erwan Le Gac me fait très justement remarquer que bien avant Bilal, il y a eu le "Metropolis" de Fritz Lang. Bilal a donc la mémoire courte - et d'ailleurs, moi aussi, pour le coup. Je n'y avais pas pensé).

 

   Douglas TRUMBULL imagina les pyramides de la Tyrell Corporation pour symboliser le Dieu créateur des Androïdes (les réplicants, dans le film), à savoir Eldon Tyrell.

 

   MEAD imagina donc le concept de l'autre élément emblématique du film, à savoir les Spinners. Au départ simple goutte d’eau aplatie, ce sera l’adjonction d’éléments externes (chiffre, prises d’air, gyrophares...), surchargeant la carrosserie, qui donneront vie et crédibilité aux véhicules.

 

   Il est à noter pour la petite anecdote et pour les plus attentifs, que sur l’écran intérieur du Spinner conduit par Edouard James OLMOS (futur acteur de Miami vice et de la version moderne de la série BattleStar Galactica), figure sur l’écran la séquence en filaire déjà présente sur les écrans de contrôle de la navette du « Nostromo » lors de son détachement du cargo vers Acheron (LV4-27, si vous préférez), dans « Alien, le huitième passager », réalisé par SCOTT (sans doute un moyen comme un autre d’optimiser le budget du film). Autre anecdote : le personnage d’Olmos a en fait été crée pour une raison toute basique : le cockpit du véhicule étant trop petit pour Harrison Ford, il fallut alors un nouveau « pilote » pour conduire le véhicule, tandis que Ford restait sur le siège passager, recroquevillé comme il le pouvait.

 

   Los Angeles, par le procédé du Mate Painting (peinture sur verre... l’expression est aujourd’hui souvent étendue aux décors en CGI) fut agrémentée de centaines d’immeubles aussi dantesque que sales. La pollution, le microclimat et la pluie suggéré dans l’image constitua l’ambiance graphique du film, tandis que la surpopulation, la variété des styles et des époques mélangées dans le melting-pot futuriste de L.A., bouclait la boucle.

 

   Los Angeles, 2019 était né.

 

 

   Le tournage.

 

   Le tournage fut un enfer pour les intervenants du film.

 

   Les immeubles de la rue « Warner », de 1929, reçurent l’ajout de câbles, de tubes et autres panneaux issus de « coup de cœur » de Francis Ford COPPOLA. Il fallut déposer les immondices au sol, créer une invraisemblable quantité d’accessoires « quotidiens » comme les boites aux lettres, parcmètres, etc... Scott fit même imprimer des journaux pour un kiosque qui ne devait pas apparaître à l’écran.

 

   Ridley SCOTT – comme son frère – a longtemps oeuvré pour la publicité : le rythme de travail n’y est (ou du moins "n'y était" pusqu'il parait que c'est en train de changer) pas le même (En proportion, les délais sont souvent bien plus larges et le souci du détail plus poussé que sur les productions télévisées ou cinématographiques). Cela s’est particulièrement senti sur le tournage : la maniaquerie de Scott poussa les décorateurs à (très très peu) dormir sur place pendant toute la durée du tournage. Lawrence Paull passa trois semaines ainsi, à déménager des éléments coûteux du film d’un côté de la rue à l’autre, à inverser au dernier moment le sens de toute une série de colonnes, etc... Chaque jour, SCOTT demanda à faire faire des changements d’importance dans les décors quelques heures à peine avant le tournage d’une scène. Chaque décor fut ainsi remanié.

 

   Jamais aucun réalisateur ne manifesta un tel souci du détail. La star du film, Harrisson FORD finit lui-même par déplorer cette attitude, puisque selon lui le réalisateur délaissa ses acteurs au profit des décors (critique que l’on peut d’ailleurs au passage faire aussi à Georges Lucas pour la prélogie Star Wars).

 

   Pourtant, tandis que le film prenait forme, les décorateurs comprirent peut à peu que le metteur en scène voyait juste. Progressivement convaincu que c’était la voie à suivre, ils finirent par redoubler d’effort, notamment dans le cas de l'immeuble Bradbury (lieu de vie de JF Sebastian) -  à l'époque occupé par des bureaux - transformé chaque nuit en bâtiment vide et insalubre pour le tournage des scènes puis nettoyé avant les horaires de travail des employés de l'immeuble.

 

    Autre anecdote de tournage :

   La scène du saut entre les immeubles, à la fin du film, avait été préparée de la façon suivante : les « toits » étaient en fait des plates-formes montées sur roulettes. Plusieurs mètres séparaient les deux toits... trop en fait, selon le cascadeur du film, qui devait effectuer le saut à la place de Rutger HAUER. SNYDER prit alors l’initiative de rapprocher les deux plates-formes, mais Scott, furieux, donna l’ordre de tout remettre en place. Le cascadeur refusa de faire le saut.

 

   Et c’est HAUER (pas encore bedonnant...) qui l’effectua en personne, sous les applaudissements de toute l’équipe !

 

 

   La post-production.

 

   « Entertainment Effects Group », la société de Douglas TRUMBULL assura les SFX (SFX pour « Specials Effects »).

 

   TRUMBULL, qui, après 1982, a malheureusement cessé de bosser pour le cinéma pour se reconvertir dans la conception de parcs d'attraction (eh oui...) sortait alors de la production de « Rencontre du troisième type » (Steven SPIELBERG - 1977), et de Star Trek, le film (Robert WISE - 1979), et travaillait déjà à la réalisation de son deuxième film : « Brainstorm » (1982). Comme il manquait de temps pour travailler sur « Blade Runner », il proposa à Ridley SCOTT de lui préparer des effets spéciaux clé en main, tandis que leur filmage resterait à la responsabilité de quelqu’un d’autre.

 

   David DRYER, autre réalisateur issu de la publicité, sera ce « quelqu’un d’autre ». Le problème du budget se posa très vite, et dès le départ, la moitié des plans prévus furent supprimés (notamment une scène d’embrouillage sur l’autoroute, passage qui se concluait par le décollage du Spinner de Deckard loin des voitures restées sur l’échangeur). Toutefois, la production a été si emballée par le résultat de ce qui avait déjà été fait qu’ils décidèrent de rallonger le budget d’un million et demi de Dollars (nous n’en étions pas encore à l’époque où les films coûtaient 200 millions à la tirelire). La rallonge représentait tout de même un peu plus de l’équivalent de ce qu’avait coûté « Silent Running », réalisé par le même TRUMBULL, quelque dix ans plus tôt.

 

    Toutefois, pour entrer dans le budget, il fallut quand même utiliser les techniques les moins chères possible : les fameuses « mate paintings » pour incruster les immeubles, (malgré l’utilisation des maquettes pour les deux « voyages » du Spinner au-dessus de LA : des miniatures d’immeubles d’un mètre cinquante à deux mètres de haut furent utilisées) et autres petits trucs comme la double exposition pour les deux pyramides de la Tyrell (il n’y a donc en fait qu’une seule maquette pour les deux immeubles), la découpe à l’acide pour les fenêtres de certains bâtiments et, pour le paysage urbain exposé lors de l’introduction du film (Anecdote : il fallut une personne pendant une semaine pour gratter huit heures par jour les bâtiments afin de « découvrir » les fenêtres ensuite éclairées par des projecteurs puissants placés derrière), la perspective forcée (par ailleurs notablement utilisée sur le Seigneur des anneaux pour rendre crédible les proportions entre la taille des personnages de la saga mythique) ou la projection vidéo (pour les écrans géants du film : des séquences filmées au préalables, projetées sur un écran vrillé de lignes blanches, puis refilmées une seconde fois et finalement projetées pour être filmées une troisième fois sur les écrans du film pour donner le côté écran TV).

 

   Anecdote : « Blade Runner » pourrait être considéré comme étant l’un des premiers films à faire de la publicité dans le métrage : on peut apercevoir des panneaux « Sony » et autre « Atari ».

 

   Les peintures sur verre ont été réalisées par Matthiew YURICICH, frère de Richard (collaborateur attitré de TRUMBULL). Le bonhomme avait déjà bossé sur « planète interdite », « Ben Hur », « Soleil Vert » et « L’âge de cristal », justement (quoi, comment ça, rien que ça ?...). Il a réussi l’exploit de rendre crédible, réaliste des décors dépeignant un environnement pluvieux, grâce à des superpositions d’éléments multiples, de plaques mobiles, de caches et de fumée.

 

   Quant aux maquettes des Spinners**, tournés dans une salle enfumée (pour accroître la densité et établir la proportion : on dit qu’il faut multiplier la densité de l’air par quatre si on veut qu’un objet fasse quatre fois plus gros qu'il ne l'est en réalité...), quatre seulement furent réalisées. Produits de caches et de contre-caches (et non pas de la technique désormais courante de l’écran bleu), chaque élément des véhicules furent tournées séparément via des caméras pilotées par ordinateurs puis rassemblés ensuite (une nécessité : chacun des éléments ayant une luminosité différente. Par exemple, prenons la carrosserie, et les gyrophares : si tout avait été filmé ensemble, le deuxième aurait noyé le premier élément).

 

   Ridley SCOTT est resté derrière chaque technicien à surveiller chaque étape de la postproduction pour que chaque effet visuel soit cohérent avec les décors du tournage.

 

   La bande musicale (magnifique, à mon humble avis) sera confiée à VANGELIS.

 

 

   La sortie du film.

 

   En avril 1982, la Warner organisa une projection-test (projection destinée à estimer quel sera l’accueil du public en fonction du montage déjà réalisé et à valider celui-ci s’il est satisfaisant : une procédure courante aux Etats-Unis). Le public, s’attendant à un voir un film d’action, se révéla non seulement déconcerté, mais aussi déçu par le film de SCOTT (pourtant, à bien y réfléchir, « Alien » n’était pas précisément un film d’action tout joyeux-joyeux...)

   La noirceur du film, la complexité des propos du film provoqua donc un rejet du public interrogé.

 

   La Warner, distributeur du film, reprit alors le montage, simplifia l’histoire, élimina les thèmes parallèles et ajouta une voix off, commentée par Harrison Ford. Ce dernier s’opposa à cette idée, mais étant sous contrat, il dût finalement s’y plier et, façon de manifester son désaccord face au remontage de ce qu’il considérait lui-même comme un chef-d’œuvre, récita son texte de la voix monocorde qu’on lui connaît dans le métrage. La fin fut aussi changée, rallongée et l’incertitude de la conclusion disparut pour être remplacée par une note d’espoir (surtout concernant le personnage de Rachel). Selon la vision de Scott, Rachel devait bel et bien mourir à court terme.

 

   Anecdote : les images rajoutées à la fin du film passent souvent pour être des stock-shots de « Shinning » (Stanley KUBRICK – 1980). SCOTT affirme qu’il n’en est rien.

 

   Le film sortit aux USA le 25 juin 1982.

 

   « E.T. » (Steven SPIELBERG – aka « l’homme-qui-tourne-plus-vite-que-son-ombre » - 1982) sortit au même moment, provoqua l’échec commercial du film (pour qui se souvient de la sortie du film de Spielberg, qui se rappelle de celle de « Blade Runner » ?). Pourtant, le film gagnera au fil des années son statut de vrai chef d’œuvre.

 

   En 1989, une copie 70mm fut retrouvé. Contrairement à ce que l’on crut alors, il s’agissait non pas de la version originale du film mais d’une version intermédiaire entre la version cinéma et la vision initiale de SCOTT. Le film ressortit alors dans les salles du monde entier et reçut enfin l’accueil qu’il méritait.

 

   On parle toujours d’une version DVD complète du film, un director’s cut supervisée par Ridley SCOTT lui-même, mais pour l’instant tout semble plus ou moins en stand-by, bien que la rumeur d’une sortie pour courant 2007 coure encore. Nous y trouverions alors une série de scènes coupées absolument indispensables nous permettant ainsi de découvrir un Deckard finalement réellement... réplicant (ce que SCOTT a toujours avoué, du reste) au détour d’une séquence pendant laquelle Ford va voir son coéquipier, Holden, à l’hôpital à la suite des évènements montrés au tout début du film.

 

 

 

 PS. Les parties surlignées sont en général des liens vers d'autres sites, pour vous permettre d'avoir des informations plus complètes sur les personnes citées. Il en va de même bien sûr sur les autres articles que j'ai pu publier sur le blog.

 

 

*Il est à noter que Brian SINGER, réalisateur du prochain « Superman », des deux premiers X-mens, serait sur un nouveau projet d’adaptation du roman « l’âge de Cristal ».

 

**Pour rappel, les véhicules aériens, type « Spinners », aérocars (comme je les appelle, dans mon cas, avec « Upgrade », « le bleu et le verrier » et presque toutes les nouvelles que j’ai écrites), étaient très à la mode dans les romans SF des années 50 (sans parler de "Metropolis", donc). Sur ce plan, SCOTT ou plus tard Luc BESSON, BILAL, et Robert ZEMECKIS (dans le cas de « retour vers le futur II ») n’ont rien inventé. C’est un poncif aussi jouissif et courant en SF que les longues dents pointues pour les vampires... lol !

 

Prochaine entrée : un résumé accompagné de ma critique perso du film.

March, 2006

Upgrade!

   Voici l'extrait d'une des deux nouvelles que j'ai publiées l'an dernier aux éditions "Harfang", à Chartres (à la suite d'un concours). Les droits sur cette nouvelles sont protégées, naturellemement... (je ne peux m'empêcher de le préciser, pardon, mais en fait il y a environ 30 autres nouvelles situées dans le même univers et étalée sur plusieurs siècles... ça fait pas loin de neuf ans que je travaille sur cet univers). Fallait bien que je fasse ma propre pub, tant qu'on y est !
Ah... et désolé pour les erreurs de style (y en a qq unes - dûes à un concourt de circonstances un peu compliquée à expliquer et bien indépendantes de ma volonté - il faut savoir en plus que je n'ai bénéficié que d'une semaine à l'époque pour écrire et corriger la nouvelle, sans avoir eu la possibilité d'en faire ensuite les corrections que j'aurais souhaitées apporter). Néanmoins, la version que je propose sur cette page a déjà été légèrement corrigée, et du reste d'autres corrections, beaucoup plus complètes seront apportées plus tard pour les chroniques Vaticanes à venir (à paraitre sans doute courant mai/juin), actuellement en court de lecture chez l'éditeur. Les chroniques en question comprendront dix nouvelles + , probablement, les deux déjà parues, revues et améliorées.
 
La nouvelle s'appelle "UPGRADE".
 
 

   Cette brève histoire de notre temps se déroule durant la "Paix des justes", au début du règne de notre très Saint-Père, le Pape Théodose IX (3324-3339 AC). Les "Vaticans", en ces temps éloignés et peu glorieux, régnaient d'une main de fer sur l’ensemble du système solaire, au sein d’un Etat théocratique ferme. Le trente-quatrième siècle, nommé aussi le second siècle des lumières, reste à ce jour la période de notre histoire la plus faste, mais porte aussi la balafre du premier antipape de notre République[...]. En cette même période, de nombreux scandales politiques et personnels affectaient le pouvoir Ultramontain. A contrario, l’affaiblissement de l’image de la Papauté aiguillera la politique de la République vers les idées néo-jansénistes, et un durcissement du pouvoir inquisitorial au cours du siècle suivant. [...]

   Sur Terre, l’ambiance en était encore aux festivités permanentes (du moins pour la Curie Michelloise et les hauts dignitaires Vaticans... car l'austérité du Pape Saint-Hisnault était oubliée en ces temps laborieux), et le monde ressemblait étrangement à ces siècles de dominations des trusts, durant la deuxième moitié du précédent millénaire.[...]

   Extrait : « Introduction à l’histoire et au siècle des lumières. Causes et conséquences - Aut. Le moine Albertus Monnia - Archive confédérale de la Bibliothèque de Thétis. Col. Ursa Majoris B/Cla. D9345RT412794 (Ed. Mars 3947 AC - introduit dans la bibliothèque le 3 Janvier 5500 AC)

 

11 Mars de l’an de grâce 3325 AC.

Chartres - Archidiocèse français, sous le règne du Pape Théodose  IX.

 

   La nuit enveloppait la cité telle un rapace. Le ciel, enveloppé de nuages sombres et menaçants, couvrait la cathédrale d’une chape électrique toute prête à éclater. Un grognement céleste, soudain, déchira le monde au-dessus de la flèche la plus haute de la cathédrale. L’Evêque de France, Bertrand Boulanger, dit le « Sybarite » allongé dans son lit, et tentant de trouver le sommeil, ouvrit un œil, tourmenté par le tonnerre. Le bruit apaisant de la pluie sur les toits commença. L’ecclésiastique pria très fort pour que la pluie lui apporte l’apaisement et lui offre enfin ce sommeil qu’il recherchait depuis des heures.

    Mais il ne pouvait s’empêcher de songer au drame qui se déroulait dehors.

  

   Dans les ruelles, entre les rigoles d’eaux polluées, entre les filets humides tombant du ciel semblables aux larmes de Dieu, des torches perçaient la nuit, tandis que des chiens aboyaient, prêts à être lâchés sur leur proie. Les policiers de l’inquisition, au dehors, se nourrissaient de la nuit.

   Un aérocar passa au-dessus d’un des groupes de flics, prêts à faire feu à coup de canon rotatif sur le moindre passant. L’inquisition avait ce droit.

   En fait, il avait tous les droits.

   De nouveaux aérocars de la police firent leur apparition, quelques minutes plus tard, s’ajoutant aux premiers. Ils tournèrent au-dessus de la vieille cathédrale, tous feux allumés. Les véhicules, propulsés par l’effet Shandor, balayaient en vain le moindre mètre carré.

   -Rien à signaler, déclara l’un pilote des véhicules au-dessus des immeubles. « Notre client reste invisible. Il a peut-être déjà réussi à quitter Chartres ? » suggéra le pilote.

   -Aucune chance. Nous avons fait déployer des modules de combat Ectis B14 tout autour de la ville. Il serait haché vivant avant d’avoir franchi les portes de la cité, déclara le révérend-père Michel Amsellem, en bas.

   Pourtant, dans les rues, dos à la place Saint Anselme, autrefois la place des Epars, une forme sombre courait, essoufflée, avec une forme emmaillotée dans les bras et un sac sur le dos.

   L’homme, déjà fatigué de fuir alors que sa course ne faisait que commencer, se nommait Samuel Sax. Le paquet qu’il tenait entre ses bras mouillés n’était autre que son fils. Sam, épuisé, s’arrêta un instant et s’appuya le long d'un bâtiment de pierres anciennes, sous un porche aux voûtes brisées. Il n’y avait personne autour de lui et cela n’avait rien de surprenant : l’inquisition avait décrété le couvre-feu dès après son court passage dans la Cathédrale.

   Samuel passa une main trempée dans ses longs cheveux noirs et les tira en arrière. Le tonnerre gronda de nouveau au-dessus de lui. L’homme leva le nez au-dessus de lui et aperçut un aérocar qui voletait à sa verticale, telle une mouche molle. Sam s’appuya contre la porte et ne bougea plus pendant un instant, espérant ainsi passer entre les mailles des détecteurs de mouvement du véhicule. Un oiseau passa... et l’aérocar disparut. Samuel souffla, rasséréné, et reprit sa course dans les rues de la cité.

   Le révérend-père Amsellem demanda à ce que l’on boucle le vieux quartier et déploya ses hommes tout autour des anciens remparts. 

   -Avons-nous ordre de l’arrêter ? demanda son adjoint, le révérend-père Paul Morchoisne.

   -Nous avons ordre de le tuer, répliqua son supérieur d’un ton placide qui fit frémir son adjoint. « Et je vous l’ai déjà dits. Vous me faîtes répéter, et j’ai horreur de cela ».

   Mais Morchoisne était mal à l’aise à l’idée de liquider un homme sans qu’il y n'ait procès inquisitorial. Il demanda s’il savait ce que l’homme avait fait.

   -Oui, répondit négligemment Amsellem.

   Et il n’en dit pas plus. Son adjoint comprenant qu’il n’y avait rien de plus à dire, n’insista pas.

   Samuel arriva près de l’ancien périphérique intérieur. Des prêtres et des flics de l'inquisition en civil l’attendaient, tous armés de fusils de guerre automatiques chargés d'aiguillons explosifs. Ils tournaient en rond, fumant cigarettes sur cigarettes, comme pour oublier qu’ils attendaient sous des trombes d’eau par une nuit sans lune. Des modules de combat attendaient près d'eux. Des Exosquelettes de Combat Tactique et d’Intervention au Sol. Des engins blindés, surarmés avec des pilotes reliés à leurs engins via des connexions directes à leur colonne vertébrale. Les modèles civils de l’inquisition, avec une croix latine rouge sur l’épaule. Eux aussi tournaient en rond en un concert de sons mécaniques et de pompes hydrauliques.

   -Merde... grinça Samuel. Il n’avait pas la moindre chance de passer.

   Il voulait sortir de la cité au plus vite, quitter cet endroit désormais maudit pour lui. Sa seule chance était de se rendre en Avignon, place forte de la République Vaticane en Europe, de trouver quelqu’un pour lui créer une fausse ID, et de filer tout droit dans les colonies du système solaire. Il pensait à Horato City, la capitale Martienne. Mars était la planète dont la terraformation était la plus avancée. Ce serait un bon cadre de vie pour son fils.

   Il n'avait eu que le temps de tirer toutes ses économies en liquide. Presque cent mille crédits républicains. Il pria pour que cela suffise. Mais la question était de savoir par où passer. Pas par là, en tout cas.

   Samuel rebroussa chemin, paniqué et retourna vers le centre en évitant les patrouilles. Il ne voyait pas de solutions à son problème. Au moins, son fils continuait de dormir, grâce au soporifique qu’il lui avait administré juste avant le début de sa course.

   Un sifflement parvint alors aux oreilles de Sam. Il sut tout de suite de quoi il s’agissait. Les Vaticans avaient sorti les grands moyens pour lui ! C’était un drone de reconnaissance civil. L’objet mû par antigravité, ou effet Shandor, ressemblait à une araignée géante, ce qui dérangeait Samuel qui éprouvait une profonde aversion pour ces petites bestioles. S’il le repérait, les ECTIS arriveraient tout de suite sur sa position, et ils finiraient, lui et son fils en puzzles de chairs hachées.

   Des clous, oui... décida Samuel, qui refusait cette idée.

   Il courut dans la direction opposée à la trajectoire du drone, tandis qu’un nouvel éclair l’illuminait. Il pria de nouveau pour que l'engin en question ne l’ait pas fait repérer. Soudain, le miracle tant espéré se produisit. Tandis qu'il courrait dans les rues, une porte s’ouvrit et un vieil homme apparut.

   -Eh ! Venez, souffla-t-il. Entrez...

   Sam s’approcha avec réticence. L’homme pouvait le dénoncer si d'aventure il voulait toucher la prime proposée par les prêtres de l'Inquisition.

   -Ne vous inquiétez pas. Je veux seulement vous aider ! Dépêchez-vous ! renchérit l’homme.

   Le sifflement du drone se rapprochait. Il décida qu’il n’avait pas le choix et entra dans la maison. La porte se referma derrière lui sans que le drone de reconnaissance ne l’eut repéré. 

 

(...) La suite dans les "chroniques Chartraines"... Publiées aux Editions Harfang à Chartres (Cf. Le site correspondant, en lien sur ce blog).